ROBINSON (E. A.)


ROBINSON (E. A.)
ROBINSON (E. A.)

ROBINSON EDWIN ARLINGTON (1869-1935)

Premier poète américain d’importance apparu au XXe siècle, Edwin Arlington Robinson est largement un produit du XIXe siècle finissant. Proche des trois grands moments de ce siècle, le romantisme, la période victorienne et le transcendantalisme, il vient à l’existence en même temps que cet «Âge doré» que Mark Twain et Henry Adams vilipendèrent à leur heure.

C’est en 1869 que Robinson naît à Head Tide (Maine), troisième fils non désiré d’une famille vieillie. Il a dit un jour qu’il était né «la peau retournée» et que son existence avait été «un enfer sur la terre»; à rapprocher les événements tragiques de sa vie et sa sensibilité exacerbée, on comprendra ce que son œuvre et son personnage peuvent recéler de noirceur et de pessimiste ironie. Ses deux frères, dont le second avait épousé la femme qu’il aimait, moururent tôt, déséquilibrés, et sa mère, déjà veuve, mourut peu après. Dans l’intervalle, Robinson n’avait pu suivre que deux années d’études à Harvard avant de devoir quitter l’université en raison des difficultés financières de sa famille. Aussi cet homme qui se sentira toujours raté accorde-t-il quelque importance aux signes extérieurs du succès tout en réservant un souverain mépris aux moyens triviaux d’y parvenir.

Son œuvre ne cesse de dénoncer un âge de fausseté, de clinquant et de tricherie, le temps de mensonge que fut la période séparant la guerre de Sécession de la Première Guerre mondiale aux yeux de nombreux lettrés américains. Homme fondamentalement honnête, habité de visions grandioses, excellent artisan du vers dont il apprend très tôt à maîtriser toutes les formes, E. A. Robinson se tournera de plus en plus vers le passé tout au long d’une solitaire et misérable vie.

Ses premiers écrits paraissent à compte d’auteur: The Torrent and the Night Before (1896), transformé, en 1897, en Children of Night . En 1898, il quitte pour New York la boom-town de Gardiner où il a grandi et s’adonne de façon croissante à la boisson, désespéré de n’être pas reconnu. Mais ses poèmes et son roman en vers (Captain Craig , 1902) attirent l’attention de Theodore Roosevelt qui lui fournit, de 1905 à 1909, une sinécure dans les Douanes, grâce à laquelle il pourra survivre avec dignité et continuer à écrire. Sa première publication commerciale, The Town Down the River , paraît en 1910. C’est aussi à compter de cette date qu’il commence de faire des séjours à la McDowell Colony, havre pour artistes fondé par l’épouse du musicien.

The Man Against the Sky (1916) donne la mesure de la vision métaphysique et tragique de Robinson, hanté par l’ontologie et par la technique des naturalistes, exposée déjà sous une amère ironie dans les monologues dramatiques ayant pour cadre la ville imaginaire de Tilbury (Gardiner) dans The Town Down the River . Lauréat du prix Pulitzer pour ses Collected Poems en 1921, Robinson reçoit une deuxième fois le prix pour The Man Who Died Twice (1924) et accroît une production de plus en plus tournée vers le passé. Il faut retenir les trois volumes inspirés du cycle arthurien (Merlin , 1917; Lancelot , 1920; Tristram , 1927) où la technique serrée et sans compromission de Robinson fait parfois place, malheureusement, à un relâchement quelque peu narcissique: il confie à sa propre voix la tâche auparavant dévolue aux entrelacs savants de rimes, de rythmes et de renvois qui structuraient ses masques à la Browning.

Parmi les livres suivants, on peut mentionner Matthias at the Door (1931) et Amaranth (1934) ainsi que le dernier composé par Robinson: King Jasper (1935). D’une vie dévastée par le malheur et la pauvreté la plus sordide, Robinson tira une œuvre digne, souvent comparée à celle d’un voisin de Nouvelle-Angleterre, Robert Frost. Mais à part la commune volonté de ces deux poètes de «faire du neuf à l’ancienne», peu de choses les unissent; l’on s’en convaincra en rapprochant les ironies lugubres de «Minniver Cheevy» et de «Richard Cory» ou de The Man Against the Sky , où domine l’idée, des suggestions particulières, et parfois souriantes, de Frost, qui se défie de l’explicite. Les deux poètes réunissent toutefois un identique mélange de prosodie traditionnelle et de langage simple et quotidien, une désillusion largement partagée. Ce fut Frost, au demeurant, qui, en 1935, écrivit l’introduction à King Jasper : Robinson était décédé le 6 avril.

Encyclopédie Universelle. 2012.